Normes, géopolitique et convergence avec l’Union européenne — une perspective de terrain
Par Nikita TARANKO ACOSTA, Genève — septembre 2026
Chercheur et analyste indépendant pour le think tank genevois CREER
Responsable Europe, Caucase & Asie centrale, ISO
Auteur de « Zone Euro : Les Enjeux des Pays Non-Membres », CREER Geneva, 2018

Introduction — De la monnaie unique à la question de l’intégration à l’Union européenne
En 2018, lorsque je publiais « Zone Euro : Les Enjeux des Pays Non-Membres » chez CREER Geneva, mon point de départ était relativement simple : pourquoi certains États européens, pourtant membres de l’Union européenne, continuaient-ils à retarder leur entrée dans la zone euro ?
À l’époque, la réponse semblait se trouver dans un mélange de critères économiques, de contraintes institutionnelles et de choix politiques. Les critères de convergence de Maastricht demeuraient exigeants ; les trajectoires économiques divergeaient ; certaines opinions publiques restaient prudentes ; et, dans plusieurs capitales, la souveraineté monétaire conservait une valeur politique qui dépassait largement les considérations économiques.
Je concluais alors que la convergence monétaire européenne serait lente. L’histoire m’a plutôt donné raison sur ce point. La Croatie a adopté l’euro en 2023 et la Bulgarie a rejoint la zone euro le 1er janvier 2026, devenant le 21e État membre de l’Union à utiliser la monnaie unique.
Mais huit ans plus tard, je ne regarderais plus la question de l’intégration à l’Union européenne exactement de la même manière. Mes récents déplacements dans les Balkans — notamment en Albanie, Bulgarie, Serbie, Moldavie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, au Monténégro et au Kosovo — ainsi que mon expérience professionnelle à Genève m’ont progressivement conduit à élargir mon regard. Depuis mon poste de responsable Europe, Caucase et Asie centrale au sein de l’ISO, j’observe également une autre dimension de l’intégration : celle des organismes nationaux de normalisation, des infrastructures de qualité, des entreprises, des institutions régionales et des systèmes techniques qui permettent aux économies de fonctionner ensemble.
Cette combinaison de terrain, d’engagement international et d’analyse m’amène aujourd’hui à poser une question légèrement différente de celle de 2018 :
Avant de partager une monnaie, comment des économies différentes apprennent-elles à partager des règles, des marchés, des infrastructures, des pratiques administratives et des normes?
C’est, à mon sens, l’une des clés pour comprendre le prochain chapitre de l’intégration des Balkans à l’Union européenne. Le débat sur l’Union européenne en 2026 ne peut plus être réduit à la question de savoir si l’Albanie, la Macédoine du Nord ou, par exemple, la Serbie entreront un jour dans l’euro. La question préalable est celle de leur capacité à rejoindre l’Union elle-même — et surtout de la vitesse à laquelle l’Union est désormais prête à faire de l’élargissement un instrument de sécurité, de stabilité et de convergence.
La guerre en Ukraine a profondément modifié le contexte stratégique. En juin 2026, lors du sommet UE–Balkans occidentaux de Tivat, la Commission européenne a explicitement présenté l’élargissement comme un investissement stratégique dans la paix, la stabilité, la sécurité et la prospérité du continent européen. Le Growth Plan vise parallèlement à rapprocher progressivement les économies de la région du marché unique avant même leur adhésion. [Sommet UE–Balkans occidentaux, 5 juin 2026]

Illustration éditoriale originale — Tivat et le nouveau momentum de l’élargissement de l’Union européenne.
Dans ce nouvel environnement, les Balkans occidentaux constituent un test particulièrement révélateur. Le Monténégro avance rapidement. L’Albanie a considérablement accéléré ses négociations. La Serbie dispose d’une économie plus importante mais reste confrontée à des obstacles politiques majeurs. La Macédoine du Nord demeure freinée par des conditions politiques. La Bosnie-Herzégovine doit transformer son statut de candidate en capacité institutionnelle effective. Le Kosovo reste confronté à un problème statutaire unique. Et, à l’est, la Moldavie montre à quel point l’élargissement de l’Union européenne est désormais indissociable de la question de la sécurité.
Le prochain chapitre de l’intégration des Balkans à l’Union européenne sera déterminé par l’interaction de trois forces : la géopolitique, la capacité institutionnelle et la convergence économique et technique.
La politique décidera de la vitesse. L’économie déterminera la soutenabilité. Les normes et les infrastructures institutionnelles permettront, eux, de transformer les décisions politiques en réalité quotidienne.
1. 2026 : un nouvel environnement pour l’élargissement
L’Union européenne compte désormais 27 États membres, dont 21 utilisent l’euro. L’entrée de la Bulgarie dans la monnaie unique le 1er janvier 2026 a une portée symbolique importante pour les Balkans : elle montre qu’une trajectoire d’intégration commencée des années auparavant peut finalement aboutir à la monnaie unique. [BCE, 1er janvier 2026]
Mais il serait dangereux d’en déduire un modèle mécanique. L’adhésion à l’Union et l’adoption de l’euro restent deux processus distincts. Pour un État membre bénéficiant d’une dérogation, l’adoption de la monnaie unique suppose notamment de satisfaire aux critères de convergence et de participer à l’ERM II pendant au moins deux ans sans tensions graves sur son taux de change. [BCE, critères de convergence]
Cette distinction est particulièrement importante pour le Monténégro et le Kosovo. Ces deux économies utilisent déjà l’euro, mais cette utilisation ne signifie pas qu’elles appartiennent à la zone euro. L’utilisation unilatérale de l’euro ne remplace pas le processus institutionnel prévu pour les États membres qui adoptent officiellement la monnaie unique.
La relation correcte est donc plutôt : adhésion → convergence économique et institutionnelle → respect des conditions de l’ERM II et des autres critères → évaluation → adoption éventuelle de l’euro. Cette distinction est fondamentale pour éviter de transformer des scénarios prospectifs en calendriers officiels.
2. Le Monténégro : le laboratoire de l’accélération du processus d’adhésion à l’Union européenne

Source : Commission européenne, état des négociations, juillet 2026. La clôture des chapitres reste provisoire jusqu’à l’accord global. — lien source
S’il fallait identifier aujourd’hui le pays qui permettra de mesurer la crédibilité de la nouvelle politique d’élargissement européenne, ce serait probablement le Monténégro. Les négociations ont commencé en 2012. Les 33 chapitres ont été ouverts et, en juillet 2026, 18 étaient provisoirement fermés. Le pays est ainsi clairement le leader du processus. [Commission européenne, 14 juillet 2026]
Ce rythme est particulièrement significatif. En décembre 2025, seuls 12 chapitres avaient été provisoirement fermés ; le pays a donc réalisé une accélération notable en quelques mois. [Commission européenne, 14 juillet 2026]
Mais il faut éviter une lecture trop optimiste. Fermer provisoirement un chapitre ne signifie pas que l’ensemble du processus est terminé. Les accords restent conditionnels jusqu’à la conclusion globale des négociations et l’adhésion, et l’Union continue de surveiller l’alignement et la mise en œuvre de l’acquis.
Le Monténégro dispose néanmoins de plusieurs avantages structurels. Son économie est petite. Son administration doit absorber un volume d’acquis inférieur, en valeur absolue, à celui d’un grand pays comme la Serbie. Son orientation stratégique est clairement tournée vers l’Union européenne et son économie est fortement connectée à l’Union.
Mon expérience du terrain au Monténégro m’a également frappé par quelque chose de plus concret : la manière dont les acteurs économiques pensent déjà en termes de marché régional et de marché de l’Union européenne. Dans le tourisme, les services, la logistique ou l’industrie alimentaire, l’Union européenne n’est pas une abstraction institutionnelle : elle se traduit concrètement par des visiteurs, des fournisseurs régionaux, des banques, des règles sanitaires, des systèmes de paiement, des normes de sécurité et des chaînes logistiques.
C’est là que la normalisation devient intéressante. Elle ne « fait » pas l’adhésion. Elle ne remplace pas la réforme judiciaire. Elle ne résout pas la corruption. Mais elle permet à des entreprises et à des institutions de travailler dans un environnement de plus en plus compatible avec celui du marché intérieur.
Le Monténégro constitue ainsi un laboratoire : plus le pays progresse institutionnellement, plus une partie des barrières entre son économie et celle de l’Union deviennent administratives et techniques plutôt que fondamentales.
La Commission européenne prend désormais au sérieux le scénario d’une possible adhésion monténégrine autour de 2028, tout en soulignant que celle-ci dépendra de la poursuite des réformes et de la conclusion du processus. 2028 ne doit donc pas être présenté comme une date officielle garantie, mais comme un horizon politique devenu crédible. [Commission européenne, 14 juillet 2026] [Conseil de l’UE, 5 juin 2026]
3. L’Albanie : l’accélération la plus remarquable

Tirana — place Skanderbeg. Photo : Predrag Bubalo, Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0).
L’Albanie est probablement le deuxième cas à surveiller. Sa trajectoire récente est particulièrement remarquable. Après l’ouverture progressive des clusters en 2024 et 2025, l’Albanie a ouvert les 33 chapitres de négociation. En juillet 2026, elle avait commencé à en fermer trois : science et recherche, éducation et culture, et relations extérieures. [Commission européenne, 14 juillet 2026]
Cela représente un changement considérable par rapport à l’image traditionnelle d’un processus d’élargissement lent et séquentiel. Mais le véritable test commence maintenant.
Le cluster « Fundamentals » est particulièrement important parce qu’il couvre l’État de droit, les institutions démocratiques, la réforme de l’administration publique et les critères économiques. Il est le premier cluster à être ouvert et le dernier à être fermé ; son avancement détermine largement le rythme général des négociations. [Commission européenne, 14 juillet 2026]
L’Albanie combine une population relativement jeune, une économie ouverte, une forte dynamique touristique et une orientation stratégique très nette vers l’Union européenne. Mais le pays doit encore consolider l’État de droit, améliorer ses institutions et transformer les réformes formelles en résultats durables.
Le rôle des normes est ici très concret. Pour exporter, une entreprise ne doit pas seulement produire quelque chose de compétitif. Elle doit être capable de démontrer que son produit ou son système satisfait les exigences applicables du marché visé. C’est dans cet espace que les normes internationales et européennes peuvent réduire les coûts de transaction, faciliter la reconnaissance des pratiques et améliorer la compatibilité avec les chaînes de valeur de l’Union européenne.
L’Albanie pourrait donc devenir le deuxième grand laboratoire de l’élargissement accéléré : une économie encore relativement petite, mais capable de transformer rapidement l’alignement réglementaire en intégration économique.
4. La Serbie : le paradoxe du géant régional
La Serbie est différente. Elle dispose de la plus grande économie des Balkans occidentaux, d’une base industrielle significative, d’un secteur automobile intégré aux chaînes européennes et d’une position géographique qui en fait un acteur incontournable. [Commission européenne — Serbie]
Les négociations d’adhésion ont commencé en 2014. En 2026, 22 des 35 chapitres ont été ouverts, mais seulement deux sont provisoirement fermés. Le contraste avec le Monténégro est saisissant. [Commission européenne — Serbie]
La question serbe n’est donc pas de savoir si le pays possède la capacité économique d’être membre de l’Union. Il la possède. La question est de savoir dans quelle mesure la Serbie est prête à aligner ses institutions, sa politique étrangère et ses relations régionales sur les exigences politiques de l’Union.
Le Kosovo reste évidemment au centre de cette équation. Mais il ne constitue pas le seul obstacle. L’État de droit, l’indépendance institutionnelle, la liberté des médias, la lutte contre la corruption et l’alignement de la politique étrangère sont également déterminants.
Parallèlement, l’économie serbe continue à s’intégrer profondément à l’Europe. L’intégration aux schémas SEPA constitue un exemple intéressant de cette dynamique d’« intégration avant l’adhésion ». Cela ne signifie pas que la Serbie est devenue membre de l’Union. Mais pour une entreprise ou un particulier, certaines distances économiques avec les marchés de l’Union européenne diminuent. [European Payments Council — Serbie et SEPA]
On peut donc avoir une situation paradoxale : l’intégration économique avance alors que l’intégration politique reste bloquée. C’est probablement l’un des thèmes les plus importants pour comprendre la prochaine décennie balkanique.
5. La Macédoine du Nord : quand la politique dépasse la technique
La Macédoine du Nord constitue un cas presque inverse. Le pays a effectué des transformations politiques considérables pour se rapprocher de l’Union européenne. L’accord de Prespa avec la Grèce a permis de résoudre une dispute historique majeure et a ouvert la voie au processus d’adhésion. [Commission européenne — Macédoine du Nord]
Le screening de l’acquis a été achevé et l’ouverture des négociations a commencé, mais la poursuite du processus reste liée aux conditions politiques convenues au niveau de l’Union européenne. [Commission européenne — Macédoine du Nord]
C’est un exemple particulièrement instructif. Il montre que l’alignement technique ne suffit pas. Une administration peut travailler pendant des années à transposer des règles de l’Union européenne, à renforcer ses institutions et à développer ses capacités de normalisation, tandis qu’une question bilatérale peut ralentir l’ensemble du processus.
Les normes peuvent rapprocher les systèmes. Ils ne peuvent pas résoudre les conflits historiques. La Macédoine du Nord est donc un rappel utile : l’intégration à l’Union européenne est simultanément un processus juridique, économique et politique.
Pour Skopje, le risque principal est la fatigue politique. Plus l’attente se prolonge, plus les gouvernements et les citoyens peuvent commencer à douter du bénéfice d’investir politiquement dans les réformes européennes.
6. La Bosnie-Herzégovine : le problème institutionnel avant le problème économique
La Bosnie-Herzégovine représente probablement le cas le plus difficile. L’Union européenne a décidé en mars 2024 d’ouvrir les négociations d’adhésion, sur la base de la recommandation de la Commission. Mais le pays demeure dans une phase beaucoup moins avancée que le Monténégro ou l’Albanie. [Commission européenne — Bosnie-Herzégovine]
La difficulté n’est pas simplement économique. La Bosnie possède des secteurs exportateurs compétitifs, un potentiel industriel, des ressources énergétiques, une agriculture diversifiée et un potentiel touristique important. Le problème est la capacité de l’État à fonctionner de manière suffisamment cohérente pour appliquer les règles de l’Union européenne.
Le Growth Plan est révélateur. La Commission a approuvé l’agenda de réforme de la Bosnie-Herzégovine en 2025, intégrant le pays au dispositif de réforme et de croissance. L’Union ne se contente donc plus de demander des réformes : elle met également des ressources financières importantes sur la table.
La question est désormais de savoir si les institutions bosniennes peuvent transformer ces ressources en résultats. C’est là que la normalisation et la convergence technique peuvent jouer un rôle utile, mais limité.
Des normes communes peuvent faciliter le fonctionnement des entreprises, améliorer la qualité, renforcer la confiance et faciliter les échanges. Elles ne peuvent pas remplacer un consensus politique.
7. Le Kosovo : l’intégration sans solution statutaire
Le Kosovo occupe une position encore plus particulière. La Commission européenne le classe toujours comme candidat potentiel. [Commission européenne — Kosovo]
Le problème central est connu : cinq États membres de l’Union ne reconnaissent pas son indépendance. Cette situation crée une asymétrie fondamentale. [Commission européenne — Kosovo]
Le Kosovo peut progresser dans des domaines économiques, administratifs et numériques ; il peut développer ses relations avec l’Union ; il peut bénéficier d’une intégration commerciale et financière croissante. Mais l’étape politique de l’adhésion reste structurellement différente de celle des autres candidats.
Pourtant, il serait faux de réduire le Kosovo à son problème diplomatique. Le pays possède une population jeune, une diaspora importante et une économie fortement connectée aux services, aux transferts de fonds et progressivement au numérique.
Le Balkan Barometer 2025 montre que 78 % des personnes interrogées au Kosovo considèrent l’adhésion à l’UE comme une bonne chose, contre 42 % en Serbie. Le contraste est révélateur. [Balkan Barometer 2025]
L’intégration européenne bénéficie donc d’une légitimité populaire forte au Kosovo, mais cette légitimité ne suffit pas à résoudre les obstacles institutionnels et géopolitiques.
8. La Moldavie : l’élargissement comme politique de sécurité
Même si elle n’appartient pas aux Balkans occidentaux, la Moldavie doit désormais être intégrée à toute analyse stratégique de l’élargissement. Elle constitue l’un des meilleurs exemples de la transformation géopolitique de la politique de l’Union européenne. [Commission européenne — Moldavie]
La Moldavie a obtenu le statut de candidate en 2022. Les négociations ont officiellement commencé en 2024. En juin 2026, l’Union a ouvert le premier cluster de négociation, consacré aux fondamentaux, puis celui consacré aux relations extérieures en juillet. [Commission européenne — Moldavie] [Commission européenne — Moldavie, 2026]
Cette accélération est remarquable. Elle démontre que l’Union considère désormais l’élargissement comme un instrument stratégique.
La Moldavie doit gérer des contraintes extraordinaires : dépendance énergétique historique, vulnérabilité aux ingérences, Transnistrie, pression russe et nécessité de moderniser rapidement son économie. Pourtant, le pays avance.
Le parallèle avec les Balkans est intéressant : la normalisation technique, la convergence réglementaire et l’adaptation administrative deviennent des éléments de résilience nationale.
9. La normalisation : l’infrastructure invisible de l’élargissement

Schéma analytique de l’auteur — il ne s’agit pas d’une chaîne causale automatique, mais d’une lecture du rôle des infrastructures de conformité dans la convergence.
C’est ici que mon expérience professionnelle me conduit à ajouter un angle qui est souvent absent du débat public. On parle beaucoup de géopolitique, d’État de droit, de croissance, d’investissements et de réforme judiciaire. On parle beaucoup moins des infrastructures normatives.

Illustration éditoriale originale — les normes comme infrastructure invisible de la convergence.
Pourtant, le processus d’adhésion implique l’alignement sur une grande partie de la législation européenne relative aux produits ainsi que des capacités nationales en matière de normalisation, d’évaluation de la conformité, d’accréditation, de métrologie et de surveillance du marché. Le chapitre 1, consacré à la libre circulation des marchandises, est particulièrement représentatif de cette dimension. [ISO — International Standards and Trade]
Une économie ne rejoint pas réellement le marché unique simplement parce qu’elle modifie ses lois. Elle doit également disposer des institutions capables d’appliquer ces règles.
Il faut des organismes compétents. Des laboratoires. Des organismes d’évaluation de la conformité. Des systèmes de surveillance du marché. Des professionnels formés. Des entreprises capables de comprendre les exigences. Et des normes permettant de traduire certaines exigences réglementaires en pratiques opérationnelles.
C’est là que les normes internationales peuvent avoir une fonction économique importante. L’ISO souligne notamment leur rôle dans le commerce et la réduction de certains obstacles techniques. Mais une norme internationale n’est pas automatiquement une exigence réglementaire, et une certification ISO n’est pas automatiquement une preuve de conformité au droit européen. [ISO — International Standards and Trade]
De même, le marquage CE ne doit pas être utilisé comme synonyme général de « qualité européenne ». Il s’applique uniquement aux catégories de produits couvertes par les réglementations européennes pertinentes. [Commission européenne — CE marking]
La vraie question est donc beaucoup plus intéressante : Les entreprises et les institutions disposent-elles des capacités nécessaires pour fonctionner dans l’environnement réglementaire de l’Union européenne ?
10. ISO, normalisation européenne et marché unique
L’écosystème européen de la normalisation est particulièrement important pour les pays candidats. Les normes européennes ne constituent pas seulement des documents techniques. Elles participent à la construction d’un langage commun entre producteurs, régulateurs, organismes d’évaluation de la conformité et utilisateurs. [ISO — European standardization]
Pour un pays candidat, l’alignement avec les systèmes européens de normalisation signifie progressivement réduire une série de barrières invisibles. Un fabricant ne doit plus réinventer une méthode d’essai. Un laboratoire doit pouvoir travailler selon des méthodes reconnues. Un organisme d’évaluation de la conformité doit fonctionner selon des exigences compatibles. Une administration doit pouvoir reconnaître et appliquer les résultats produits par les infrastructures pertinentes. Une PME doit comprendre les exigences auxquelles son produit sera confronté sur son marché cible.
C’est une infrastructure de confiance.
Mon rôle au sein de l’ISO m’a précisément conduit à observer cette dimension sous un angle différent de celui d’un économiste ou d’un négociateur européen : celui des organisations qui produisent, adoptent, utilisent ou mettent en œuvre les normes.
L’intégration européenne n’est pas seulement l’adoption de textes à Bruxelles. Elle est aussi la capacité de milliers d’organisations à fonctionner avec des règles compatibles.
Le processus peut être résumé ainsi : réforme → capacité institutionnelle → normes et conformité → accès au marché → investissement → convergence économique.
Il ne faut toutefois pas transformer cette observation en promesse excessive. La normalisation ne résout ni la corruption, ni les conflits territoriaux, ni l’indépendance judiciaire. Elle agit sur une autre couche du système.
11. Le Growth Plan : la passerelle entre réforme et marché
Le Growth Plan pour les Balkans occidentaux constitue probablement l’une des innovations les plus importantes de la politique de l’Union européenne récente. La facilité financière associée au plan représente 6 milliards d’euros pour 2024-2027 et combine subventions et prêts concessionnels. Les décaissements sont conditionnés à la mise en œuvre des réformes prévues dans les agendas nationaux. [Commission européenne — Growth Plan]
Son importance dépasse donc largement le montant financier. Le principe est simple : rapprocher progressivement les économies des Balkans du marché unique tout en récompensant les réformes.
Le Growth Plan peut ainsi être compris comme une forme d’intégration opérationnelle avant l’adhésion. Cela concerne notamment le commerce, les paiements, le numérique, l’énergie, la connectivité, les entreprises, la convergence réglementaire et l’État de droit.
Plus les bénéfices de l’intégration sont visibles avant l’adhésion, plus l’adhésion devient la continuation d’un processus déjà engagé plutôt qu’un saut institutionnel.
12. Les Balkans et le marché unique : une convergence déjà en cours
L’élargissement n’est plus uniquement une question de « oui ou non » à l’adhésion. L’Union construit progressivement une zone de convergence autour des Balkans occidentaux.
Le Growth Plan, les infrastructures de transport et d’énergie, la numérisation, SEPA, les programmes d’investissement et l’alignement réglementaire créent des passerelles successives. SEPA mérite ici une précision : son espace géographique est plus large que celui de l’Union européenne. [European Payments Council — SEPA]
Un pays candidat peut donc bénéficier d’une partie des avantages de l’intégration avant d’être membre à part entière. Mais cette logique doit rester conditionnelle.
Si les bénéfices sont distribués sans réformes, l’Union perd son principal levier. Si les réformes sont réalisées sans bénéfices visibles, les gouvernements candidats perdent leur capacité à maintenir le soutien politique nécessaire.
Le système doit donc fonctionner comme une boucle : réforme → bénéfice → soutien politique → nouvelle réforme.
13. Faut-il un « big bang » balkanique ?
Une des questions politiques les plus intéressantes est celle d’une éventuelle adhésion simultanée des six Balkans occidentaux. L’idée possède une logique : une adhésion régionale pourrait réduire le sentiment de compétition entre voisins, éviter qu’un pays soit durablement laissé en arrière et produire un choc géopolitique positif.
Mais les six pays ne sont pas au même niveau. Le Monténégro a déjà provisoirement fermé 18 chapitres. L’Albanie a ouvert les 33 chapitres et commencé à en fermer. La Serbie reste beaucoup plus loin dans la clôture des négociations. La Macédoine du Nord, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont à des stades institutionnels différents.
Une approche uniforme risquerait donc de pénaliser les plus avancés. Le principe « mérite selon les performances » conserve une logique forte.
La bonne réponse pourrait être une combinaison de trois mécanismes : accélération pour les leaders ; intégration opérationnelle pour les autres ; coopération régionale pour tous.
Ce modèle me paraît plus crédible qu’un « big bang » automatique.
14. Ce que les citoyens des Balkans pensent réellement de l’Union

Source : Regional Cooperation Council, Balkan Barometer 2025. Série 2016–2025. — lien source

Source : Regional Cooperation Council, Balkan Barometer 2025. *Kosovo désigne l’économie telle que définie dans le Balkan Barometer. — lien source
Le Balkan Barometer 2025 montre que le soutien à l’adhésion à l’Union européenne a atteint 64 % dans l’ensemble des six Balkans occidentaux, contre 54 % en 2024 et 39 % en 2016. [Balkan Barometer 2025]
Or, la moyenne régionale masque des différences importantes. L’Albanie affiche 86 %, le Kosovo 78 %, la Macédoine du Nord 62 %, la Bosnie-Herzégovine 59 %, le Monténégro 59 % et la Serbie 42 % parmi les répondants considérant l’adhésion comme une bonne affaire.
Cette différence est politiquement essentielle. Elle montre que la question de l’intégration à l’Union européenne n’est pas simplement une affaire de gouvernements. Dans certains pays, la population demande davantage d’intégration à l’Union européenne que les institutions ne sont capables d’en fournir. Dans d’autres, la confiance est plus fragile.
La crédibilité de la perspective d’adhésion à l’Union européenne dépend donc aussi de la capacité de l’Union à montrer que les réformes produisent des résultats visibles.
15. Le temps politique : 2030, 2035 ou au-delà ?

Source : Regional Cooperation Council, Balkan Barometer 2025. — lien source
Le Balkan Barometer fournit un autre indicateur intéressant : les attentes concernant la date d’adhésion. En 2025, 39 % des Monténégrins interrogés pensaient que leur pays pourrait rejoindre l’Union d’ici 2030, contre 43 % en Albanie et 15 % en Serbie. Pour la Bosnie-Herzégovine, le chiffre était de 9 %, et pour la Macédoine du Nord de 15 %. [Balkan Barometer 2025]
Cette perception populaire est importante parce qu’elle influence la politique intérieure. Si les citoyens pensent que l’adhésion est réaliste, les réformes liées à l’adhésion à l’Union européenne peuvent conserver une valeur politique. Si l’échéance devient indéfinie, les coûts des réformes restent immédiats alors que leurs bénéfices deviennent abstraits.
16. L’euro : conséquence de l’intégration, pas substitut à celle-ci

Source : Banque centrale européenne, documents sur l’adoption de l’euro par la Bulgarie. — lien source
Mon premier article portait sur l’euro. Il serait donc tentant de conclure que le prochain objectif est simplement de prévoir quels pays adopteront la monnaie unique. Je pense aujourd’hui que ce serait une erreur.
L’euro est la conséquence d’un niveau de convergence institutionnelle et économique déjà élevé. Il ne peut pas remplacer cette convergence. [BCE, critères de convergence]
Les critères de convergence de l’Union européenne restent clairs : stabilité des prix, finances publiques soutenables, stabilité du taux de change dans l’ERM II et convergence des taux d’intérêt à long terme, auxquels s’ajoute une appréciation plus large de l’intégration économique et de la soutenabilité.
La Bulgarie fournit un excellent exemple. Elle a rejoint l’ERM II en 2020, satisfait aux critères et adopté l’euro en 2026. [BCE, 1er janvier 2026]
Pour les Balkans, la question monétaire doit donc être posée dans cet ordre : adhésion → institutions → convergence → ERM II lorsque pertinent → euro.
La véritable question est donc moins « Quand utiliseront-ils l’euro ? » que « Quand leurs économies et leurs institutions seront-elles suffisamment intégrées pour que l’adoption de l’euro soit soutenable ? »
17. Trois scénarios pour 2026-2040
Il serait imprudent de publier un calendrier présenté comme certain. Je préfère donc proposer trois scénarios.
Scénario 1 — Accélération de l’élargissement de l’Union européenne. Dans ce scénario, la guerre en Ukraine continue de renforcer la priorité stratégique donnée à l’élargissement. Le Monténégro conclut ses négociations à la fin des années 2020. L’Albanie suit rapidement. La Macédoine du Nord débloque ses conditions politiques. La Serbie progresse sur l’État de droit et le dialogue avec le Kosovo. La Bosnie réforme progressivement son architecture institutionnelle. La Moldavie poursuit son rythme actuel.
Scénario 2 — Élargissement sélectif. C’est le scénario que je considère aujourd’hui comme le plus plausible. Le Monténégro est le premier à rejoindre l’Union. L’Albanie suit avec un certain décalage. La Moldavie avance parallèlement. La Serbie, la Macédoine du Nord et la Bosnie progressent à des vitesses différentes. Le Kosovo reste sur une trajectoire spécifique.
Scénario 3 — Blocage géopolitique. Dans ce scénario, les conflits régionaux se durcissent, les réformes intérieures ralentissent et la fatigue de l’élargissement réapparaît dans certains États membres. Le Monténégro et l’Albanie continuent malgré tout d’avancer, mais les autres candidats stagnent.
Ce serait le scénario le plus dangereux politiquement. Car le risque ne serait pas simplement économique. Il serait stratégique. Une génération entière pourrait finir par considérer l’Union européenne comme une promesse perpétuellement reportée.
18. 2018 → 2026 : ce que mon analyse précédente avait vu juste
Relire son propre travail huit ans plus tard est un exercice assez particulier. Certaines de mes intuitions de 2018 ont résisté. La lenteur de l’adoption de l’euro a été réelle. Les considérations de souveraineté monétaire ont continué à peser. Les divergences économiques n’ont pas disparu. La politique intérieure a souvent été plus déterminante que les modèles économiques.
Mais mon analyse de l’époque sous-estimait un facteur devenu central : la géopolitique de l’élargissement.
En 2018, l’Union pouvait encore considérer l’élargissement comme une politique essentiellement transformatrice. En 2026, après la guerre en Ukraine, cette lecture est devenue insuffisante.
La question n’est plus seulement : « Ces pays sont-ils prêts pour l’Union ? » Elle est aussi : « Que signifie pour la sécurité du continent européen le fait qu’ils restent durablement en dehors de l’Union ? »
Ce changement de perspective est considérable.
19. Une autre lecture de la convergence avec l’Union européenne
La convergence avec l’Union européenne ne doit pas être mesurée uniquement par le PIB par habitant, l’inflation ou la dette publique. Ces indicateurs sont indispensables, certes. Or, ils ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Une économie converge aussi lorsqu’elle partage les mêmes principes de sécurité des produits, des infrastructures de qualité comparables, des systèmes de paiement compatibles, des règles numériques communes, des mécanismes de surveillance du marché, des procédures de conformité reconnues, des normes environnementales, des pratiques administratives compatibles, des chaînes logistiques intégrées et des institutions capables d’appliquer les règles.
C’est cette convergence « invisible » qui m’intéresse particulièrement. Elle est rarement spectaculaire. Elle ne fait pas les unes des journaux. Mais elle détermine souvent si une entreprise peut réellement vendre son produit dans un autre pays, si un laboratoire peut produire un résultat reconnu, si une banque peut effectuer un paiement, ou si une administration peut appliquer une règle européenne.
L’Union européenne s’est construite précisément sur cette capacité à transformer des règles communes en réalité économique. Les Balkans doivent maintenant franchir la même étape.
20. Ce que je vois depuis Genève
Depuis l’extérieur de l’UE, mais toujours en pleine Europe, notamment à Genève, on peut facilement considérer les Balkans comme un sujet bruxellois : chapitres d’adhésion, benchmarks, clusters, conditionnalité, fonds européens. Depuis le terrain, la réalité est différente.
À Podgorica, l’UE se mesure dans les investissements, le tourisme, les chaînes d’approvisionnement et les réformes administratives. À Belgrade, elle se mesure dans les décisions d’investissement, les relations avec Bruxelles, les paiements, les chaînes industrielles et, évidemment, la question du Kosovo. À Skopje, elle se mesure aussi à la frustration engendrée par une trajectoire dont le rythme politique ne correspond pas toujours aux efforts techniques accomplis. À Pristina, la perspective d’adhésion à l’Union européenne est à la fois extrêmement populaire et institutionnellement incertaine.
Et depuis Genève, à travers mon travail avec les membres de l’ISO et les organismes de normalisation de différentes régions, je vois une autre couche de cette transformation : la manière dont des systèmes techniques progressivement compatibles créent les conditions d’une économie plus intégrée.
Cela ne signifie pas que les normes sont la solution aux problèmes politiques des Balkans. Ce serait une conclusion naïve. Cela signifie simplement que la construction de l’Union européenne possède une infrastructure technique qui mérite davantage d’attention.
Conclusion — Le moment balkanique de l’Union européenne
Huit ans après mon analyse de la zone euro, je ne considère plus les Balkans comme une périphérie de la construction de l’Union européenne. Ils en sont devenus l’un des tests centraux.
Le Monténégro montre qu’une petite économie peut progresser rapidement lorsque la volonté politique, les capacités administratives et l’orientation stratégique convergent.
L’Albanie montre qu’un processus longtemps considéré comme lent peut accélérer brutalement lorsque le contexte politique de l’Union européenne change.
La Serbie montre qu’une économie peut être profondément intégrée au marché de l’Union européenne tout en restant politiquement à distance.
La Macédoine du Nord montre que la technique ne peut pas résoudre les blocages politiques.
La Bosnie-Herzégovine montre que la réforme institutionnelle reste la condition première de toute intégration durable.
Le Kosovo montre qu’une forte aspiration à l’adhésion à l’Union européenne peut coexister avec un obstacle statutaire unique.
La Moldavie montre enfin que l’élargissement est redevenu une politique de sécurité.
Et derrière tous ces cas se trouve une infrastructure beaucoup moins visible : celle des normes, de la conformité, de la qualité, des institutions techniques et de la capacité des entreprises à fonctionner dans un environnement réglementaire commun.
C’est là que mon propre parcours a évolué depuis 2018. Je regardais alors principalement l’intégration économique de l’UE à travers le prisme de la monnaie. Je la regarde aujourd’hui davantage à travers celui de la convergence.
La monnaie est visible. La convergence est beaucoup plus discrète. Mais c’est elle qui rend la monnaie possible.
L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer le momentum politique actuel en convergence réelle : convergence institutionnelle, économique, réglementaire, numérique, énergétique et normative.
L’Union européenne ne pourra probablement pas intégrer les Balkans à la même vitesse. Elle ne devrait d’ailleurs pas nécessairement essayer de le faire. Mais elle doit démontrer qu’un pays qui réforme, qui s’aligne et qui remplit les conditions avance effectivement.
Le Monténégro sera probablement le premier grand test. L’Albanie pourrait être le deuxième. La Serbie restera le test géopolitique. La Macédoine du Nord, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo seront les tests de la capacité européenne à résoudre les situations politiquement complexes. Et la Moldavie sera peut-être le test de la nouvelle dimension sécuritaire de l’élargissement.
L’Union européenne est-elle prête à transformer son nouveau momentum géopolitique en une véritable convergence des Balkans avec elle ?
La réponse déterminera probablement une partie de l’architecture politique du continent pour les quinze prochaines années.
Encadré — Ma lecture des trajectoires à l’horizon 2030-2040
Pays |
Situation en 2026 |
Scénario central |
Facteur déterminant |
Monténégro |
Leader, 18 chapitres provisoirement fermés |
Adhésion fin des années 2020 possible |
Réformes fondamentales + maintien du rythme |
Albanie |
33 chapitres ouverts, 3 fermés |
Adhésion fin des années 2020 / début 2030 possible |
État de droit et mise en œuvre |
Macédoine du Nord |
Processus d’ouverture en cours |
Horizon 2030+ |
Blocage politique et réformes |
Serbie |
22 chapitres ouverts, 2 fermés |
Horizon 2030+ plus incertain |
Kosovo, État de droit, politique étrangère |
Bosnie-Herzégovine |
Candidate, négociations à opérationnaliser |
Milieu des années 2030 ou au-delà |
Capacité institutionnelle |
Kosovo |
Candidat potentiel |
Horizon très incertain |
Statut et normalisation avec la Serbie |
Moldavie |
Négociations accélérées |
Début / milieu des années 2030 possible |
Réformes + sécurité + capacité d’absorption |
Important : ces horizons sont des scénarios analytiques de l’auteur, et non des calendriers officiels de l’Union européenne.
Sources principales — liens directs
Commission européenne — State of play: EU accession negotiations — lien officiel
Commission européenne — Montenegro — lien officiel
Commission européenne — Montenegro: July 2026 chapter closures — lien officiel
Commission européenne — Albania — lien officiel
Commission européenne — Serbia — lien officiel
Commission européenne — North Macedonia — lien officiel
Commission européenne — Bosnia and Herzegovina — lien officiel
Commission européenne — Kosovo — lien officiel
Commission européenne — Moldova — lien officiel
Commission européenne — Growth Plan for the Western Balkans — lien officiel
Commission européenne — 2026 Economic Reform Programmes — lien officiel
Regional Cooperation Council — Balkan Barometer 2025 — lien officiel
BCE — Bulgaria introduces the euro — lien officiel
BCE — Bulgaria and ERM II / convergence — lien officiel
Commission européenne — Convergence criteria for joining the euro area — lien officiel
ISO — International Standards and Trade — lien officiel
ISO — Europe / European standardization — lien officiel
Commission européenne — CE marking — lien officiel